La sieste espagnole : mythe, réalité… et peut-être une excellente idée
Lorsqu’on parle de l’Espagne à l’étranger, la sieste revient presque toujours dans la conversation. Avec la paella, le flamenco et le soleil, elle fait partie de ces grands clichés qui semblent définir le pays. Beaucoup d’étrangers arrivent même en Espagne en imaginant un pays où, après le déjeuner, les volets se ferment, les rues se vident et tout le monde disparaît pendant quelques heures pour dormir.
Mais qu’en est-il vraiment ? La sieste existe-t-elle encore ? Les Espagnols la pratiquent-ils réellement ? Et surtout, est-ce aussi bénéfique qu’on le prétend ?
La réponse courte est : oui… mais pas exactement comme beaucoup l’imaginent.
1. La sieste : bien plus qu’un simple somme
Même si nous l’associons aujourd’hui à l’art de vivre méditerranéen, l’idée de faire une courte pause après le repas de midi est très ancienne. Le mot sieste vient d’ailleurs du latin sexta hora, la sixième heure du jour, qui correspondait traditionnellement au moment le plus chaud de la journée, lorsque le corps réclamait naturellement un temps de repos.
Dans l’Espagne traditionnelle, notamment dans les régions agricoles, interrompre son activité après le déjeuner avait tout son sens. Dans de nombreuses zones du pays, la chaleur de l’après-midi rendait le travail en extérieur difficile, voire pénible. Une courte pause permettait alors de récupérer avant de reprendre les activités de la journée.
Il existe aussi une explication plus simple : lorsque l’on déjeune tard et que la journée se prolonge jusque tard dans la soirée, le corps apprécie parfois une petite parenthèse de repos.
2. La grande surprise : non, tous les Espagnols ne font pas la sieste
C’est sans doute le plus grand malentendu.
La réalité est qu’aujourd’hui, loin de là, tous les Espagnols ne font pas la sieste. Dans les grandes villes, les horaires de travail, les trajets quotidiens, les obligations familiales et les rythmes de vie modernes laissent souvent peu de place à cette habitude.
Les jeunes générations y ont moins recours que leurs parents ou leurs grands-parents, tandis qu’elle reste plus fréquente chez les retraités, les personnes âgées, les travailleurs disposant d’horaires souples ou les habitants des zones rurales.
Il existe également une différence importante entre « faire la sieste » et simplement se reposer. Pour beaucoup d’Espagnols, s’allonger quelques minutes, fermer les yeux ou simplement déconnecter mentalement constitue déjà une pause réparatrice.
Autrement dit, la sieste existe toujours, mais l’Espagne d’aujourd’hui est bien différente de l’image parfois véhiculée par les brochures touristiques.
3. Est-elle bonne pour la santé ou simplement agréable ?
C’est ici que les choses deviennent particulièrement intéressantes : la science semble plutôt favorable à la sieste… à condition qu’elle soit pratiquée de manière raisonnable.
Plusieurs études suggèrent qu’une courte sieste peut améliorer la concentration, la mémoire, l’humeur et le niveau d’énergie. Elle pourrait également réduire la fatigue et favoriser les performances cognitives, un aspect particulièrement intéressant avec l’âge.
Pour de nombreuses personnes de plus de 55 ans, une petite pause après le déjeuner peut ainsi devenir une façon agréable d’écouter son corps et de respecter davantage ses rythmes naturels.
Encore faut-il ne pas en abuser.
4. La sieste idéale : courte, légère et raisonnable
Les spécialistes du sommeil s’accordent généralement sur un point : en matière de sieste, la modération est souvent la meilleure approche.
La sieste idéale durerait entre 10 et 30 minutes. L’objectif n’est pas de plonger dans un sommeil profond, mais simplement de récupérer un peu d’énergie et de se réveiller avec une sensation de fraîcheur.
Lorsqu’elle se prolonge trop longtemps — une heure, deux heures ou davantage — il devient plus probable de se réveiller groggy, de perturber son sommeil nocturne ou de ressentir une certaine lourdeur pendant le reste de la journée.
Il n’est d’ailleurs pas indispensable de dormir. Lire quelques pages, fermer les yeux ou simplement s’accorder un moment de calme peut procurer des bénéfices comparables.
Peut-être y a-t-il là une petite leçon espagnole : se reposer n’est pas forcément perdre son temps.
5. Une tradition moins espagnole qu’on ne le croit
Même si la sieste est immédiatement associée à l’Espagne, l’idée de faire une pause au cours de la journée existe dans de nombreuses cultures.
On retrouve des habitudes similaires dans plusieurs pays méditerranéens, comme l’Italie, la Grèce ou le Portugal, notamment dans les régions les plus chaudes.
Au Japon, il existe même un concept particulier appelé inemuri, qui désigne le fait de somnoler brièvement dans un lieu public ou sur son lieu de travail. Loin d’être perçu comme un signe de paresse, cela peut au contraire être interprété comme la conséquence d’un travail intense.
En Chine également, il n’est pas rare de faire une courte pause après le déjeuner, y compris dans certaines entreprises ou écoles.
Pendant ce temps, dans les pays d’Europe du Nord et dans le monde anglo-saxon, la sieste a fait son retour sous un nom beaucoup plus moderne : le power nap. De nombreuses entreprises et spécialistes du bien-être mettent aujourd’hui en avant ses effets positifs sur la concentration, la créativité et la productivité.
L’Espagne n’a peut-être pas inventé la sieste… mais elle a certainement su préserver quelque chose que d’autres redécouvrent aujourd’hui.
6. Plus qu’un sommeil : une autre relation au temps
Au fond, l’aspect le plus intéressant de la sieste n’est peut-être pas la sieste elle-même.
Elle symbolise une autre manière d’envisager le temps, le repos et l’équilibre au quotidien.
Dans une société où l’on se sent souvent obligé d’être constamment occupé, connecté et performant, s’accorder vingt minutes de pause n’est peut-être pas une extravagance méditerranéenne, mais tout simplement une preuve de bon sens.
Il n’est pas nécessaire de devenir totalement espagnol ni d’adopter toutes les habitudes locales. Mais il peut être utile de se poser une question toute simple : quand vous êtes-vous accordé, pour la dernière fois, le droit de vous reposer sans culpabiliser ?
Un petit plaisir qui mérite peut-être sa chance
Au final, la sieste n’est pas tout à fait le cliché de carte postale que beaucoup imaginent, mais elle n’est certainement pas un mythe non plus.
Elle existe toujours, sous des formes parfois différentes. Pour certains, elle reste une habitude quotidienne ; pour d’autres, un petit luxe occasionnel. Et pour de nombreux étrangers installés depuis longtemps en Espagne, elle devient l’une de ces coutumes qui surprennent au début… puis qui finissent par manquer.
Il n’est peut-être pas nécessaire de devenir complètement espagnol. Mais s’offrir une bonne sieste de temps en temps… n’est probablement pas une mauvaise idée.
Chez DIDIER&co, nous aimons vous transmettre des informations susceptibles de vous intéresser et/ou faciliter votre intégration, comme celle que vous venez de lire.
Avec plus de quinze ans d’expérience en traduction et en interprétation, nous aidons les étrangers expatriés ou les touristes en Espagne à surmonter les barrières linguistiques et administratives en anglais, en espagnol, en français et bientôt en néerlandais. Nous vous conseillons et vous assistons concernant le système de santé, la sécurité sociale et l’ensemble de l’administration espagnole. Nous proposons une interprétation médicale, administrative et liée à la vie quotidienne. Nous voulons vous rendre la vie plus facile.
NOUS INTERPRETONS, NOUS VOUS AIDONS, NOUS PRENONS SOIN DE VOUS.
